Patrice ROBIN [es]

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Patrice ROBIN, né en 1953, a été successivement étudiant, ouvrier, éducateur et animateur culturel. Il se consacre à l’écriture depuis 1993 et a publié son premier roman en 1999, « Graine de chanteur ».

Après une première visite au Venezuela en mai 2016 dans le cadre de la Filven Mérida, Patrice Robin revient dans le pays qui a inspiré son dernier roman. Un hommage à cette terre, source d’inspiration.

Avec la visite de Patrice Robin, l’Ambassade de France au Venezuela a décidé de traduire et de faciliter l’édition de son dernier livre Des bienfaits du jardinage (P.O.L, 2016). C’est un roman que lui-même défini comme « l’essai de répondre, à partir de ma propre expérience à la question : Comment devient-on ce que l’on désire être, ce qu’il est vital que l’on soit. Contre quoi, contre qui, avec qui ? ». Une œuvre au croisement de la thématique sociale et de l’autofiction, alliance entre l’autobiographie et la fiction.

Œuvres (pour la plupart, autobiographiques) :

  • Des bienfaits du jardinage, P.O.L, 2016
  • Une place au milieu du monde, P.O.L, 2014
  • Le Voyage à Blue Gap, P.O.L, 2011
  • Le Commerce du père, P.O.L, 2009
  • Bienvenue au paradis, P.O.L, 2006
  • Matthieu disparaît, P.O.L, 2003
  • Les Muscles, P.O.L, 2001
  • Graine de chanteur, Editorial Pétrelle, 1999
Propos de l’auteur autour de son œuvre :

Mes cinq premiers romans constituent un cycle où j’ai tenté de répondre, à partir de ma propre expérience, à cette question : Comment devient-on ce que l’on désire être, ce qu’il est vital que l’on soit. Contre quoi, contre qui, avec qui ?

Le premier Graine de chanteur (Ed. Petrelle, 1999), brosse un portrait de ma grande famille toute entière rassemblée un jour de noce, famille de paysans, artisans et petits commerçants de l’ouest français, portrait d’une époque, les années 60, portrait d’un enfant enfin ayant répété, dans les semaines qui précédent le grand jour, une chanson pour la donner en public, premiers pas en artiste, pour triompher, être la fierté de ses parents.

C’est également pour être la fierté d’un père qui aime les hommes forts que Victor, le petit héros, des Muscles (Ed POL, 2001) s’entraîne chaque jour à soulever dans la réserve attenante à la quincaillerie familiale, les lourds outils de toute sortes en vente dans cette dernière, masse, marteaux etc.. Roman d’éducation qui conduit en six chapitres (Bras, épaules, pectoraux – Cuisses – Cœur – Fessiers – Dorsaux – Abdos) jusqu’à la mort du père et l’émancipation inéluctable d’un enfant qui, peut-être, voulait trop lui ressembler.

Dans Matthieu disparait (Ed POL, 2003), c’est cette fois de rupture qu’il s’agit, rupture d’un jeune homme avec des parents qui l’ont empêché de s’inscrire à l’école de cinéma dont il rêvait, d’interruption des études pour aller travailler, ne plus jamais dépendre de quelqu’un d’autre pour les choses essentielles de la vie, rupture qui conduira Matthieu tout en bas de l’échelle sociale dans une usine où il travaillera comme manœuvre avant d’amorcer, au fil de stages de formation, une lente remontée. Cette remontée, vers le désir profond de devenir un artiste, sera le sujet des deux romans suivants, via le théâtre d’abord, Bienvenue au paradis (POL, 2006) et la littérature enfin, Le commerce du père (POL 2009, dans lequel j’intègrerai les premiers carnets de commerce de mon quincaillier de père, sa « littérature » dans la mienne, nous unissant, d’une certaine manière, au cœur de ce qui nous avait séparés.

Avec Le Voyage à Blue Gap (POL 2011), mon sixième roman, débute un autre cycle dans lequel j’ai voulu m’éloigner du travail d’« autobiographie rapprochée » qui m’avait occupé jusqu’à présent, pour aller voir ailleurs si « j’y étais un peu moins », voyager justement vers « l’autre », sans toutefois sortir totalement du travail autobiographique puisque l’autre ici est un Indien Navajo, Scott, mari de Louise, la fille du narrateur (…).

Ce voyage vers l’autre se poursuit dans mon récit suivant, Une place au milieu du monde (POL 2014), tiré d’une expérience d’atelier d’écriture menée avec des adolescents déscolarisés, en butte à d’importants problèmes psychologiques et familiaux, récit où le narrateur raconte comment il essaie justement de redonner une place au milieu du monde à ces adolescents laissés sur le bord de la route et comment cet engagement lui redonne à lui aussi une place au milieu du monde.

Voyage encore et enfin dans Des bienfaits du jardinage (POL, 2016), mon dernier récit, tiré d’une résidence d’écriture effectuée dans un hôpital psychiatrique, voyage vers des adultes, cette fois, dans la folie, qui me conduit à nouveau du côté de l’autobiographie puisque cette résidence a eu lieu au moment où ma mère a atteint le stade final de sa maladie d’Alzheimer et sombré elle-même dans la démence. Voyage entre des vies lourdement déstabilisés, mais aussi dans la mienne, de fils, voyant sa mère s‘éloigner, tentant de l’accompagner, accompagné lui-même, sans qu’ils le sachent, par ces hommes et femmes côtoyés durant ces quelques mois de résidence.

Pour finir, je me permettrai de citer quelques lignes d’un article paru dans « L’Orient-Le Jour » à la sortie d’Une place au milieu du monde :
Par la sobriété de son écriture et sa thématique sociale, Patrice Robin se rattache à ces auteurs contemporains qui, comme Annie Ernaux ou Laurent Mauvignier privilégient le champ du réel dans leurs textes, y compris dans leurs fictions romanesques. Le réel, on le sait désormais, dépasse souvent l’imaginaire par sa fécondité et sa diversité. Ramy ZEIN, La Fabrique de l’humain, 7 aout 2014.

EXTRAITS DE SES ŒUVRES

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Le Commerce du père (2009)

Un soir d’avril 2006, j’ai trouvé par hasard trois carnet manifolds écrits de sa main et datant des tout débuts de la quincaillerie. Ils étaient posés sur le petit bois, près de la cheminée, chez ma mère. Je les ai parcourus rapidement puis suis descendu au sous-sol où, près de la réserve à bûches, dans une malle emplie de classeurs, blocs factures, livres comptables et imprimés divers, j’ai découvert son agenda de l’année 1965.

Sur la page de garde du premier carnet, mon père a fait des essais de signatures. Le Monsieur Robin Pierre Chatillon-sur-sèvre Deux Sèvres qu’il semble avoir retenu se transforme au bout de quelques lettres en un plus nerveux Robin Pierre quincaillier Châtillon Deux-Sèvres, le s final du département prolongé dans sa boucle inférieure pour donner un effet de paraphe. Bientôt, le quincaillier disparaît, suivi quelque temps plus tard du Deux-Sèvres, ce dernier remplacé par un D S stylisé. Enfin, seul subsiste le Robin qui perd rapidement son in au profit d’un y majuscule et à longue queue. On trouve ce Roby au bas d’une lettre datée du 20 juillet 1956. Messieurs, recevant toujours des courriers de votre part adressés à Basteau, je vous fais remarquer que les établissements Basteau n’existent plus depuis six mois. Étant son successeur et travaillant avec vous depuis cette date, principalement pour les clés à molette, je vous demande de bien vouloir noter mon nom Pierre ROBIN.

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Le Voyage à Blue Gap (2011)

J’étais assis en tailleur sur la moquette du salon entre Louise et Scott. Il avait posé devant lui sa plume d’aigle et un cendrier dans lequel brûlait une demi-douzaine de feuilles de cèdre. Après avoir effectué le rite de purification, il m’a dit d’une voix douce et égale qu’il avait essayé de tout faire pour mon bien-être depuis que j’étais là, en était responsable, qu’il s’excusait de ne pas être totalement disponible, de rester silencieux certains soirs, pas toujours par fatigue, a-t-il ajouté, par respect aussi.
Ensuite, il a annoncé qu’il allait chanter la story des ours et, avant, m’en expliquer le contenu en Anglais. L’histoire était celle d’un jeune homme perdu, seul, par une nuit d’hiver, dans la montagne enneigée. Il a dit le jeune homme tentant d’allumer un feu, craquant de nombreuses fois en vain une allumette dans l’air humide, son renoncement pour finir, sa chute dans un sommeil lourd au creux d’un vieil arbre, son engourdissement progressif, l’approche lente de la mort. Il a dit ensuite la venue des ours, le cercle qu’ils avaient formé autour du vieil arbre, le rempart fait au jeune homme contre le vent glacial. Il les a dits se couchant à tour de rôle sur lui, le réchauffant, le sortant délicatement de sa couche enfin pour le ramener chez lui, vivant. Il a dit tout cela puis commencé à chanter.
La chanson achevée, il a enflammé à nouveau les feuilles de cèdre et, à l’aide la plume d’aigle, a répandu la fumée sur mon corps entier, puis sur celui de Louise. Plus tard, il m’a expliqué que cette cérémonie avait pour but de me protéger, comme les ours avaient protégé le jeune homme, me protéger ici, me protéger pour le voyage de retour, me protéger dans la vie, moi et ceux que j’aimais.

Dernière modification : 28/10/2016

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