Libye : déclarations du porte-parole du MAEE [es]

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Paris, le 08 avril 2011

Au point de presse de ce jour, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères et européennes a fait les déclarations et a répondu aux questions suivantes :

- Question - Quelle est votre réponse vis-à-vis des critiques émises par Abdel Fattah Younès, le chef des forces du CNT libyen, sur le manque d’enthousiasme et l’incapacité de l’OTAN de trancher et d’aider réellement les rebelles contre le régime Kadhafi ? Au vue du déséquilibre flagrant entre les deux parties, Kadhafi et les rebelles, est-ce que la France est prête à envisager ou envisage de participer à une opération terrestre si le cas se présente ?

Comment voyez-vous la situation sur le terrain ? On joue toujours sur la ligne de démarcation entre Est et Ouest. Est-ce que l’option de la division de ce pays vous parait envisageable ?

Réponse - D’abord, sur le degré d’enthousiasme de l’OTAN, vous me permettrez
de ne pas trop m’aventurer sur ce terrain qui est très subjectif.
Deuxièmement, s’agissant de ces critiques, j’ai eu l’occasion de m’en
entretenir longuement il y a deux jours sur une chaine de télévision arabe. A cette occasion, j’avais dit plusieurs choses. J’avais d’abord recommandé le calme. Avant de lancer des critiques, surtout dans la situation actuelle, je crois que ce qui est important, c’est le sens de la responsabilité des uns et des autres et de garder son calme et son sang-froid.

J’avais également eu l’occasion de rappeler deux choses s’agissant des
opérations menées par l’OTAN. La première est que tout cela se déroule
dans le cadre strict de l’application stricte de la résolution 1973 et donc
cela ne revient pas à dire comme vous l’avez dit dans votre question qu’il s’agit d’aider les insurgés, il s’agit, je vous renvoie à la déclaration 1973, d’empêcher M. Kadhafi de massacrer et de persécuter son peuple.

La deuxième chose que j’avais également précisé, mais il n’est jamais
trop tard pour le refaire, c’est que nous avons toujours dit que l’OTAN
était chargée de la conduite des opérations militaires auxquelles
participent un certain nombre de pays volontaires.

S’agissant de la situation actuelle, je voudrais rappeler premièrement que nous sommes engagés dans la préparation d’une aide humanitaire.

Deuxièmement, que nous sommes en liaison permanente avec le CNT avec un dialogue très régulier, très fluide que nous menons grâce en particulier à la présence sur place à Benghazi d’un représentant de la France.

Enfin, je rappelle que c’est sur l’ensemble de ces questions que porteront les discussions qui se tiendront à Doha la semaine prochaine, le 13 avril.

- Q - Je voulais dire que l’interprétation de l’application de la résolution 1973 est un petit peu large et dépend certainement des circonstances. La France est intervenue fortement il y a deux semaines pour arrêter les tanks de Kadhafi à Benghazi. Ce n’était pas vraiment simplement pour protéger des civils mais aussi pour sauver le CNT et le reste de la révolution libyenne.

R - Votre interprétation de cette situation est la vôtre. Je vous laisse
responsable et libre de donner toutes les interprétations que vous pouvez faire de telle ou telle mesure ou initiative prise par tel ou tel pays.

En ce qui nous concerne, si on revient sur cet épisode auquel vous faites
référence, je rappelle que d’une part, cette initiative de la France s’inscrivait dans le cadre de la résolution 1973 parce que nous étions à
quelques heures d’un massacre massif par Kadhafi de la population civile qui se trouvait à Benghazi, et que d’autre part, les avions français avaient décoller précisément pour sauver certainement la vie de centaines voire de milliers de Libyens qui étaient totalement encerclés à Benghazi. C’était une question d’heures. Je n’ose pas imaginer les questions que vous me poseriez aujourd’hui si nous n’étions pas intervenus dans ce sens-là.

Quelle que ce soit l’évolution de la situation sur le terrain, l’engagement de la communauté internationale et en tout cas de la France est toujours aussi décidé, que ce soit en ce qui concerne le respect de la
résolution des Nations unies à laquelle nous avons pris une certaine part comme vous vous en souvenez, ou pour appliquer celle-ci dans le cadre de la participation de la France aux opérations menées quotidiennement contre les moyens de destruction qui sont encore à la disposition de M. Kadhafi.

- Q - Auriez-vous une réaction à l’initiative turque qui a été dévoilée
hier par M. Erdogan et qu’il a lui-même appelé la Feuille de route pour une sortie de crise en Libye ? Très prochainement, il y aura une réunion du comité africain de suivi du dossier libyen qui se tiendra à Nouakchott.
L’une des idées serait que les cinq chefs d’Etat des pays concernés se
rendent à Tripoli. Or, le 20 mars, la commission était contre une initiative
comme celle-là. La position de la France a-t-elle changé depuis ?
M. Juppé a parlé d’une solution politique. Peut-on connaître vos idées
pour une solution politique ?
Bernard Henri Levy se rend à Tripoli aujourd’hui. A-t-il coordonné sa
visite avec le Quai d’Orsay ?

R - Sur le dernier point, je ne sais pas.
Concernant les autres sujets que vous avez abordé, la Turquie et l’Union
africaine, c’est de tout cela dont vont parler les personnalités qui se
retrouveront à Doha la semaine prochaine.

- Q - Mais pouvez-vous nous dire ce que vous en pensez ?

R - Qui sommes-nous pour porter un commentaire sur les décisions que peut prendre l’Union africaine ? Les Africains sont suffisamment responsables, l’Union africaine est un acteur majeur du continent africain. Laissons-leur le soin de prendre des initiatives, de mener des projets et de monter des actions. Nous respectons tout cela.

Je me garderai donc bien de faire telle ou telle annonce. Nous avions commencé à en parler à la Conférence de Londres. Un jour avant, le CNT avait mis sur la table un projet de charte pour la Libye de demain, pour une Libye démocratique, une Libye où tout le monde se sentirait en sécurité et qui sera dessinée par les Libyens eux-mêmes et seulement par eux. C’est leur pays, leur avenir et donc c’est à eux de s’en préoccuper.

Ensuite, il faut se souvenir que nous avions commencé à parler également à la Conférence de Londres de ce qui pourrait être un jour appelé un grand dialogue national avec le CNT, les représentants de la société civile libyenne, avec les représentants des tribus car cette forme d’organisation sociale joue, en Libye, un rôle important.

S’agissant de l’avenir, il est important de rappeler ce que nous pouvons
souhaiter de mieux pour l’avenir de la Libye, et le vœu de voir enfin ce
pays devenir démocratique, conformément à ce que souhaite la population, en laissant la responsabilité aux Libyens de définir eux-mêmes leur avenir.

- Q - Mais pouvez-vous nous dire ce que vous pensez de cette initiative turque ?

R - Laissons le temps aux ministres de se retrouver le 13 avril à Doha et
d’en discuter. N’écrivons pas, une semaine avant, ce qui peut éventuellement sortir de la Conférence de Doha. Je vous rappelle simplement les principes dans lesquels nous situons notre action. S’agissant des opérations, c’est le respect de la résolution 1973.

S’agissant de l’avenir de la Libye, nous souhaitons une Libye démocratique dans laquelle les Libyens puissent vivre en paix et s’exprimer, ce serait déjà beaucoup si nous y parvenons. Nous souhaitons aussi une nouvelle Libye dont l’avenir appartient véritablement aux Libyens. Vous parlez de M. Erdogan, de l’Union africaine, nous allons en discuter. Et, à une semaine de cette Conférence qui sera éminemment politique et pour laquelle il y aura un débat politique au niveau ministériel, nous répétons que l’avenir des Libyens leur appartient et c’est à eux de le dessiner.

- Q - Une rencontre avec le diplomate français Bernard Henri Levy qui se trouve à Benghazi est-elle prévue ? Qu’avez-vous mis en place comme mesures pour assurer sa protection ?

R - Je ne sais pas.

Dernière modification : 09/04/2011

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