Libye : déclarations du porte-parole du MAEE [es]

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Paris, le 25 mars 2011

Au point de presse de ce jour, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères et européennes a fait les déclarations et a répondu aux questions suivantes :

Réunion du groupe de contact sur la Libye (29 mars)

- Question - En quoi consiste concrètement le pilotage politique d’une opération militaire ?

Réponse - Il s’agit de faire le point sur la mise en œuvre des deux résolutions du Conseil de sécurité, 1970 et 1973 et d’assurer un rôle d’impulsion, de décision, de coordination, de liaison entre tous les pays qui contribuent aux opérations en cours de manière à ce qu’il y ait un pilotage politique des opérations.

-  Q - Une liaison entre tous les pays qui contribuent : cela signifie-t-il que l’Arabie Saoudite n’est pas invitée par exemple ? Il me semble que samedi, de mémoire, il y avait des pays qui ne contribuaient pas à la coalition militairement. Est-ce que l’opposition libyenne est invitée à cette réunion ? Ce comité politique a-t-il vocation à déclarer la fin de la guerre ?

R - Sur la conférence de Londres, elle sera élargie à tous ceux qui sont parties prenantes aux résolutions. Je pense en particulier aux Nations unies, aux organisations régionales, aux membres de l’Union européenne, à l’OTAN, etc.
Ensuite, il y aura un autre format dans la conférence mais il revient à nos collègues britanniques de détailler les modalités d’organisation de cette réunion et son ordre du jour. Cet autre format est celui des pays qui contribuent.

- Q - Est-ce que ce sera mardi après-midi aussi ?

R - Oui. C’est ce que je comprends. Si je vous dis tout cela, c’est pour vous aider aussi à comprendre le périmètre de l’exercice. Prenez ce que je dis avec prudence à ce stade. Il s’agirait de deux niveaux : un niveau large avec tout le monde et ensuite un autre niveau qui serait celui des pays volontaires, c’est-à-dire de ceux qui apportent une contribution.

-  Q - Y aura-t-il des pays arabes ?

R - Bien sûr, évidemment. Je n’ai pas la liste des participants. Je vous invite à prendre contact avec le Foreign Office à Londres.

- Q - Samedi dernier à Paris, il n’y avait pas de délégation africaine au sommet de l’Elysée.

R - En effet, mais nous avons avec nos partenaires africains et l’Union africaine une concertation très étroite au sujet de la Libye. Tout d’abord, nous avons reçu une personnalité africaine de premier plan ici à Paris il y a deux jours, M. Ping, président de la Commission de l’Union africaine qui s’est notamment entretenu avec Alain Juppé le 23 mars. Nous lui avons fait passer un certain nombre de messages sur le rôle de l’Union africaine au sujet de la Libye, dans le cadre de la mobilisation internationale dont on a vu qu’elle s’était concrétisée au Conseil de sécurité à New York avec l’adoption des résolutions 1970 et 1973. Par ailleurs, il y a aujourd’hui à Addis-Abeba une réunion de l’Union africaine qui est consacrée à la Libye. La France y est représentée par le Directeur d’Afrique, Stéphane Gompertz. Pour nous il est important que l’Union africaine participe à la gouvernance politique des actions en cours. Enfin, dans la perspective de la réunion de Londres nous sommes tout à fait favorables à ce que l’Union africaine soit représentée.

- Q - Le ministre de la Défense a dit qu’une guerre civile est en cours en Libye. Est-ce que lorsqu’on parle des actions de la coalition contre les forces de Kadhafi on parle de l’appui à une partie de la guerre civile contre M. Kadhafi ?

R - Non. Quand on évoque des actions qui sont menées, on fait référence à la résolution 1973 des Nations unies, c’est-à-dire toute mesure pouvant être prise et mise en œuvre pour protéger les populations civiles.

- Q - Cela veut dire qu’il y a deux parties qui participent ? Qu’il n’y a pas uniquement les forces de Kadhafi qui participent et qu’il y a une autre partie qui sont des rebelles ?

R - Ce que nous avons observé sur le terrain, c’est l’utilisation par M. Kadhafi de son appareil militaire, de son appareil répressif contre son propre peuple. A cet égard, nos règles d’engagement sont extrêmement strictes et nos forces très vigilantes dans les actions qu’elles mènent et qui pourraient mettre en danger des civils. Si la coalition n’avait pas agi, et il s’en est fallu de quelques heures, nous aurions assisté au massacre de la population de Benghazi. L’intervention de la coalition a d’ores et déjà permis de sauver de nombreuses vies humaines et a réduit la capacité du régime de Kadhafi à massacrer son propre peuple. C’est un résultat essentiel dont nous pouvons être fiers. Dès lors qu’il s’en prend à son propre peuple, les autorités françaises ont indiqué que Kadhafi n’avait plus sa place au sein de la communauté internationale. Parallèlement, nous avons indiqué que nous considérions le Conseil national de transition comme un interlocuteur politique légitime. Nous avons établi le contact avec lui. Notre objectif est d’éviter les massacres, de protéger les populations civiles, et de redonner aux Libyens la possibilité de décider de leur avenir et de leur destin en toute liberté et en toute sécurité.

- Q - Nous savons que la Libye est un pays de tribus. Y a-t-il des contacts avec certains chefs de tribus libyennes ?

R - Je ne peux pas vous le dire avec précision. Il revient aux Libyens de prendre leurs responsabilités et de définir en toute indépendance leur propre modèle démocratique. Il faut voir comment va s’articuler le Conseil national de transition avec d’éventuels représentants ou chefs de tribus. C’est à eux de prendre leurs responsabilités et de décider.

-  Q - L’objectif ne serait-il pas, même une amorce de solution, de pousser les tribus qui sont encore avec Kadhafi à lui retirer leur confiance. Ce qui serait un dénouement possible. Peut-être une diplomatie secrète serait-elle capable de s’infiltrer pour trouver une solution ?

R - Pour l’instant, nous sommes dans le temps de la mobilisation pour empêcher Kadhafi de recommencer ou de continuer ses exactions. Ensuite, nous passerons à une autre phase qui sera celle des Libyens et de la recherche d’une solution politique interne.

-  Q - Quelle est votre représentation diplomatique à Benghazi ? L’ambassadeur est-il arrivé ?

R - Nous y travaillons comme l’a indiqué Alain Juppé.

-  Q - Concernant la volonté ou non de renverser Kadhafi, cela paraît quand même toujours un peu ambigu. On l’a dit ici-même, toute la résolution et rien que la résolution. Donc on ne discute pas avec Kadhafi, par ailleurs, cela a été dit au Conseil des ministres de mercredi, le président l’a indiqué, on souhaite aider le peuple libyen à choisir un gouvernement pour son avenir dans un cadre démocratique. Pensez-vous que Kadhafi ait des velléités démocratiques, n’est-ce pas une manière voilée de dire que vous allez aider la Libye à se débarrasser de Kadhafi ?

R - Nous nous situons à la fois dans le temps du rappel des principes et dans le temps de l’action sur le terrain, dans le cadre de l’application des résolutions 1970 et 1973. Je pense que les Libyens, dès qu’ils seront en situation de liberté et de sécurité pourront prendre leurs responsabilités dans ce domaine. S’agissant de Kadhafi, il appartiendra aux Libyens de décider. Pour nous, s’agissant de Kadhafi les choses sont claires.

- Q - Y a-t-il des discussions précises sur une stratégie de sortie militaire ? Imaginons que Kadhafi ne tombe pas, qu’il accepte le cessez-le-feu, il pourrait ensuite utiliser la police pour réprimer les gens.

R - Comme je viens de l’évoquer, une conférence se tiendra à Londres le 25 mars prochain. Ce sera l’occasion de faire le point sur la mise en œuvre des résolutions 1970 et 1973 du Conseil de sécurité, sur les besoins humanitaires et les moyens d’appuyer les aspirations du peuple libyen. En marge de cette conférence, se réunira le comité de coalition réunissant l’ensemble des Etats participants pour assurer le pilotage politique des opérations.

Dernière modification : 29/03/2011

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