Libye : déclarations du porte-parole du MAEE [es]

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Paris, le 22 mars 2011.

Au point de presse de ce jour, la porte-parole adjointe du ministère des Affaires étrangères et européennes a fait les déclarations et a répondu aux questions suivantes :

- Question - Les divergences persistent entre la France et ses partenaires quant au commandement des opérations en Libye, notamment autour du rôle de l’OTAN. Pourquoi la France n’accepte-t-elle pas que ces opérations soient menées sous le drapeau de l’OTAN ?

Réponse - Notre priorité commune va aujourd’hui à la poursuite de l’action de la coalition d’Etats européens, arabes et Nord-américains mettant en œuvre la résolution 1973 du Conseil de sécurité. Cette coalition, assurant la direction politique des actions entreprises par la communauté internationale, pourrait en tant que de besoin recourir à un soutien des moyens de l’OTAN, ainsi que l’a rappelé le ministre d’État.
La priorité est vraiment pour l’instant la mise en œuvre de cette résolution 1973, les opérations pour protéger les civils. On peut constater que cette opération est efficace. Elle a permis de protéger les Libyens des attaques de Kadhafi et de desserrer l’étau dans certaines villes qui étaient fortement menacées. C’est une priorité commune.

- Q - Pouvez-vous nous dire que le commandement entre les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne est totalement parfait ? Jusqu’à quand cette direction des opérations va-t-elle se maintenir en l’état actuel ? Quelle est votre réaction au fait que les Emirats arabes unis semblent davantage vouloir participer à une opération humanitaire plutôt que d’envoyer 24 avions de combat comme ils s’y étaient engagés ?

R - Le ministre d’État a été clair hier à Bruxelles, à la fois au sujet de la coordination des opérations par les Américains et de l’avenir de cette coordination. L’opération fonctionne et comme le ministre l’a dit hier, c’est un succès.
S’agissant de la participation des pays arabes, l’opération monte en puissance, il faut que les choses se mettent en place. L’assistance humanitaire aux populations libyennes est également très importante.
- Q - Je ne comprends pas, après les déclarations d’Alain Juppé, ce que la France veut maintenant. Les Américains disent qu’ils veulent céder le commandement dans quelques jours… Mais à qui ? Quelle est la préférence de la France ?

R - Le ministre a été clair dans ses déclarations d’hier. Je viens de vous expliquer ce qu’il en est. A ma connaissance, les travaux de préparation à l’OTAN se poursuivent.

- Q - Concernant la participation arabe, est-ce que vous confirmez la participation d’un escadron de chasse jordanien ?

R - Comme nous l’avons déjà dit ici, il appartient aux pays qui contribuent d’annoncer eux-mêmes leur contribution.

- Q - Je reviens sur le commandement à l’OTAN. Est-ce qu’après les pressions d’autres partenaires comme l’Italie, vous restez très fermes sur votre position, c’est-à-dire aucun commandement intégré géré par l’OTAN, ou est-ce que vous réfléchissez à une solution de compromis avec vos partenaires ?

R - Je viens de répondre sur l’OTAN. Comme le ministre l’a souligné hier, il y a la complémentarité de l’action de la coalition avec l’OTAN et avec l’Union européenne, dont je vous rappelle qu’elle a décidé de se concentrer sur le volet humanitaire. S’agissant de l’opération en cours, les États-Unis en assument pour le moment la coordination.

- Q - Le président sud-africain a réclamé un cessez-le-feu. On se rappelle que vous avez mis en avant la Ligue arabe et l’Union africaine pour cette action contre la Libye. Est-ce que vous pensez qu’il est maintenant temps de considérer un cessez-le-feu ou est-il encore trop tôt pour cela ? Et quel est votre raisonnement à ce propos ?

R - Notre raisonnement est qu’il y a une résolution 1973 qui est très claire, qui donne aux États qui y participent les moyens de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les civils libyens. Tant que les civils libyens seront agressés, ce qui est encore le cas, je viens de voir qu’il y avait eu des assassinats à Misrata, il n’y a pas de raison que nous arrêtions de les protéger.

- Q - Qui sera amené à juger qu’il n’y a plus de menace ? Est-ce que c’est le Conseil de sécurité qui dira le jour venu qu’on peut considérer un cessez-le-feu ou est-ce la coalition ?

R - Comme dans toutes les résolutions du Conseil de sécurité, il ya des paragraphes qui prévoient très régulièrement une évaluation de la situation au Conseil. C’est d’ailleurs ce qui va se passer jeudi. Le Conseil de sécurité va se réunir en conformité avec le paragraphe 12 de la résolution 1973 pour discuter de la situation sur le terrain et de l’application de la résolution. Il s’agit de rendez-vous périodiques.

- Q - Il y avait une délégation des membres du Conseil national de transition libyen hier. Qu’ont-ils demandé, qu’est-ce qui leur a été promis ?

R - Les représentants du CNT étaient porteurs d’un message de remerciement du peuple libyen à l’égard de la France pour son engagement aux Nations unies comme sur le terrain, donc à la fois la résolution et l’action militaire. La situation politique sur le terrain et la situation militaire ont évidemment été évoquées.

- Q - Au-delà des remerciements, ils ont des revendications, ils ont demandé des choses précises je suppose ?

R - Pour l’instant, l’opération militaire étant en cours, ce qui est important pour eux, c’est bien que cette opération militaire ait permis de desserrer l’étau sur les populations de Benghazi et fait reculer les forces de Kadhafi.

- Q - Ont-ils demandé des armes par exemple ?

R - A ma connaissance, ils n’en ont pas demandé.

-  Q - Cela veut-il dire que la France pourrait envisager de les armer sur le terrain ?

R - Nous appliquons les résolutions 1970 et 1973 du Conseil de sécurité.

- Q - Est-ce que vous êtes d’accord pour envoyer une mission d’enquête ou d’observation en Libye pour constater sur le terrain l’état des lieux et l’état du rapport de force, et également les exactions sur le terrain ?

R - Je crois que maintenant nous sommes rentrés dans une phase où c’est au sein de la coalition et aux Nations unies que les choses se décident.

- Q - Je ne voulais pas la position de l’ONU ou du Conseil de sécurité, je voudrais la position de la France.

R - La position de la France c’est que la résolution 1973 du Conseil de sécurité doit être appliquée. Nous avons demandé plusieurs fois à Kadhafi d’appliquer les deux résolutions du Conseil de sécurité qui ont été adoptées, en vain pour le moment, et la résolution 1973 est la résolution qui est actuellement mise en œuvre par la coalition. Je ne sais pas si une commission d’enquête doit voir le jour, mais pour l’instant ce sont les nations participant à l’opération qui agissent collectivement.

- Q - Vous avez répondu hier à une question concernant le Secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa. Votre réponse n’était pas adéquate avec les déclarations d’Amr Moussa qui dit que ce qui se passe sur le terrain n’est pas conforme avec ce sur quoi ils s’étaient mis d’accord pendant le sommet à l’Élysée. Est-ce que vous pouvez revenir sur ce point et indiquer exactement ce que vous répondez à Amr Moussa et à ce genre de déclaration ?

R - Le ministre d’État a mentionné hier qu’il avait eu au téléphone Amr Moussa et qu’il n’y avait aucune divergence sur la mise en œuvre de la résolution 1973. Je vous renvoie également aux propos d’Amr Moussa hier au Caire après son entretien avec le Secrétaire général des Nations unies.

- Q - Amr Moussa a dit que ce qui se passe sur le terrain n’est pas conforme…

R - Amr Moussa a dit hier à la sortie de l’entretien avec Ban Ki-moon qu’il n’y avait pas de divergence avec la coalition. Je cite : « La position de la Ligue arabe sur la Libye a été décisive et dès le début nous avons suspendu la Libye (...) Ensuite, nous avons demandé aux Nations unies de mettre en place une zone d’exclusion aérienne et nous respectons la résolution de l’ONU, et il n’y a aucun désaccord. Elle vise à protéger les civils et c’est cela qui nous intéresse. Nous allons continuer à œuvrer pour la protection des civils. Nous appelons tout le monde à prendre cela en considération dans toutes les actions militaires ».

- Q - On voit sur les télévisions qu’à présent l’opposition libyenne est mieux armée, qu’elle se défend mieux avec des armes modernes qu’ils n’avaient pas auparavant. Dans la résolution 1970, il est pourtant indiqué que l’on n’a pas le droit d’exporter des armes, quel que soit le parti, en Libye. D’où viennent ces armes d’après vous ?

R - Je constate surtout que les frappes de la coalition ont permis de desserrer l’étau sur Benghazi et c’est certainement pour cela que les insurgés peuvent, militairement, être plus efficaces. Il est évident que cela change la donne sur le terrain.

- Q - Les armes ne proviennent pas de leur performance.

R - Je ne suis pas un expert militaire. Vous dites que leurs équipements sont plus modernes. Je n’en sais rien. Ce qui importe, c’est d’avoir stoppé les attaques du régime de Kadhafi sur les civils, ce qui correspond exactement au mandat qu’a fourni la résolution 1973, stopper les attaques contre les civils et les protéger.

- Q - Le ministre de la Défense russe vient de demander un cessez-le-feu immédiat. Est-ce que cette demande va influencer la mission actuelle ? (inaudible)

R - Une réunion du Conseil de sécurité est prévue jeudi. Comme je l’ai mentionné, elle est prévue par la résolution 1973. La Russie est membre du Conseil de sécurité. Je suppose que le représentant de la Russie soulèvera ce point s’il le souhaite.

- Q - Une question pour mieux comprendre la position de la France par rapport à l’OTAN. Il faut avouer que, bien avant le jour où la résolution fut approuvée, la France ne souhaitait pas que l’OTAN participe à ces opérations. La thèse - je m’en souviens très bien - était celle selon laquelle l’OTAN qui est très atlantiste avec un poids très fort des Etats-Unis d’Amérique n’est pas très bien perçue dans des pays arabes comme la Libye. Mais , nous ne comprenons pas dans nos opinions publiques, même en Europe, ce théorème qui est tombé puisque les Américains ont lancé les premiers missiles Tomahawk sur le territoire libyen. Les Américains y sont donc engagés personnellement. Pourquoi ne pas utiliser l’OTAN qui dispose quand même d’une capacité et d’une expérience de coordination entre nos différents commandements sur plein de terrains ? Pourquoi s’obstiner à refuser cette contribution, ce commandement intégré, et ce, dans une situation et un contexte où chaque jour, il y a une nécessité de plus en plus urgente d’avoir vraiment un commandement qui gère et qui coordonne tous ces différends présents sur le terrain ?

R - C’est ce que je viens de vous dire. Le ministre d’État l’a rappelé hier : la coalition assurant le contrôle politique de l’opération, pourrait, en tant que de besoin, recourir à un soutien des moyens de l’OTAN. Mais en ce moment, ce qui compte, c’est de mettre en œuvre la résolution. La coordination par les Américains fonctionne. Je crois qu’on peut constater sur le terrain les effets de l’opération de la coalition. Nous n’avons aucun problème pour recourir en soutien à des moyens de l’OTAN en tant que de besoin. Il ne faut pas créer des oppositions artificielles. La coalition est en accord sur la poursuite de l’action avec tous les contributeurs. C’est cela qui est important.

- Q - Il y a un autre point de confusion s’agissant de la finalité de l’action de la coalition. Hier le Premier ministre belge l’a dit très clairement ; il a dit que cette action a pour objectif de faire partir Kadhafi. Le ministre britannique des Affaires étrangères a répété la même chose, le ministre de la Défense également. Aux Etats-Unis d’Amérique, il y a des gens qui disent que la finalité est le départ, d’autres qui disent que non. On aimerait bien comprendre votre position réelle en dehors de l’application de la résolution 1973 qui, d’ailleurs, ne parle pas du départ de M. Kadhafi.

R - Alain Juppé a répondu exactement à cette question hier. Je vous renvoie à ses propos dont je vous cite un extrait : « cette résolution nous demande de protéger les populations civiles contre les exactions du régime Kadhafi. C’est ce que nous faisons. Elle ne nous demande pas de mettre en place un autre régime à la place de celui de Kadhafi. Ce que nous voulons, c’est le priver des moyens d’exercer cette répression sur sa population, l’obliger à se retirer des villes qu’il a occupées par la violence, l’obliger à respecter l’aspiration à la liberté et à la volonté de dialogue des Libyens et, à partir de ce moment-là, c’est au Conseil National de Transition et à toutes les forces libyennes qui seront prêtes au dialogue de choisir le régime dont elles veulent se doter, ce qui ne nous empêche pas par ailleurs de continuer nos opérations ».

- Q - Etes-vous ou non gênés par cette confusion aujourd’hui ?

R - Pour nous, ce n’est pas confus. C’est très clair et c’est ce que nous avons dit depuis le début.

- Q - Vous aviez initié la résolution 1973, vous avez été les premiers à demander une action militaire et voilà que les coalisés auraient des idées nouvelles, chacun tire de son côté ?

R - Personne ne tire de son côté. La priorité est bien la protection du peuple libyen, c’est exactement ce que dit la résolution et c’est ce que font les membres de la coalition.

-  Q - Plusieurs médias commencent à parler des frappes de dimanche et des conditions des bombardements. On sait que l’un concernait des soldats pro-Kadhafi qui quittaient la zone de Benghazi. Il semble que ce bombardement aurait fait pas mal de victimes. Considérez-vous qu’il s’agisse d’une cible légitime ? Ils quittaient la zone et n’entraient pas dans Tripoli. Dans les différents articles, on parle d’un vrai carnage.

R - Dans cette opération, ce que nous faisons, c’est appliquer une résolution du Conseil de sécurité. Nous protégeons les civils des attaques du régime de Kadhafi, les frappes qui ont lieu se tiennent donc dans ce cadre.

Dernière modification : 23/03/2011

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