Discours de Mme Annick Girardin, Ministre d’État chargée du Développement et de la Francophonie, à l’issue de la rencontre avec la société civile [es]

Conclusion de la rencontre avec la société civile dans le cadre de la PreCOP sur l’ile de Margarita - Venezuela, 6 novembre 2014

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Mesdames Messieurs les ministres
Mesdames et messieurs les représentants de la société civile
Chers amis

C’est un plaisir d’intervenir ce soir devant vous juste avant que notre amie Claudia Salerno conclue cette journée. Laissez moi tout d’abord remercier le gouvernement de la République Bolivarienne du Venezuela pour l’accueil chaleureux qu’à reçu ma délégation.

Cette réunion est une première, et c’est une réussite. Les débats d’aujourd’hui ont été particulièrement riches, et je voudrais remercier chacun d’entre vous de vos contributions, des débats que vous avez suscités, des propositions que vous avez mis sur la table.

Cette dynamique, j’espère qu’elle se poursuivra jusqu’à Lima, et bien entendu jusqu’à Paris.

Je voudrais ici vous dire quelques mots de conclusion, à la fois sur les négociations et les débats vers Lima et l’accord de 2015, mais aussi sur la manière dont la future présidence française envisage d’associer l’ensemble de la société civile à la préparation, et je l’espère, au succès de Paris.

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Le climat est avant tout un enjeu de citoyenneté. Nos débats tout au long de la journée l’ont rappelé. Nous sommes tous concernés par les enjeux d’atténuation, par les enjeux d’adaptation, et le plus souvent par les deux.

Souvent, le dérèglement climatique est présenté comme quelque chose qui divise : faudrait-il absolument qu’à la fin certains perdent pour que d’autres gagnent. Mon expérience politique me laisse penser qu’un tel projet ne remportera pas un grand succès devant les citoyens de la planète...

La lutte contre le dérèglement climatique, sans nier nos responsabilités et nos différences, ce doit être quelque chose qui nous rapproche. C’est d’ailleurs le mandat de Paris Climat 2015 : un accord universel, où chacun agit selon ses responsabilités et ses capacités, mais aussi un accord qui renforce notre solidarité vers les plus vulnérables.

Il faudra affronter les difficultés, vu l’ampleur de la tâche, du changement qui est devant nous si nous voulons réussir à retrouver une trajectoire vers les 2°C. Vous savez, quand on lit les conclusions du GIEC, le mot d’ordre que vous avez choisi devient une évidence : changeons le système, pas le climat.

Il faudra le faire sans renoncer à la confrontation des idées. Mais je crois aussi que ce qui nous rassemble ici, la volonté de construire à Lima puis à Paris un accord qui nous remette sur la trajectoire des 2°C, cela il ne faut pas que nous le perdions en route. Nous ne serons pas d’accord sur tout. Mais gardons à l’esprit que nous partageons déjà le même constat et le même objectif. Je crois que c’est l’essentiel.

Paris climat 2015 doit donc être un moment de mobilisation citoyenne. Un moment qui rassemble, qui donne envie à tous de basculer dans le monde de l’après carbone.

Un moment qui rassure aussi. Qui rassure nos concitoyens pour leur dire : oui le monde de demain sera différent, mais ce ne sera pas un monde au rabais, ou nous aurions laissé de côté nos aspirations à la prospérité, à la qualité de vie, votre "bien vivre".

Ce sera un monde où nous lutterons parallèlement contre la pauvreté en faveur de l’environnement. C’est d’ailleurs aussi l’objectif des discussions en cours sur les objectifs de développement durable que d’inventer ce nouveau monde avec des objectifs communs, mais des manières différentes d’y parvenir.

Paris doit aussi être un moment qui rassure ceux qui sont en première ligne face au dérèglement climatique. Qui leur apporte des réponses concrètes. La première étape de l’équité, de la solidarité climatique, c’est celle-là. C’est pour cela que la capitalisation du Fonds Vert, qui consacrera 50% de ses financements aux plus vulnérables, et notamment à l’adaptation, est si importante. La France à travers son outil AFD (Agence Française de Développement) inclue déjà la résilience dans tous les projets d’infrastructures qu’elle soutient en Afrique.

Enfin, Paris doit envoyer le message de notre détermination à prendre les mesures adéquates, et en premier lieu à envoyer les bons signaux, pour remettre l’économie dans la bonne direction. Car on sait bien, et j’ai pu le vérifier à Samoa au sommet des petits états insulaires en développement, il ne peut pas y avoir de développement économique sans lutte contre le dérèglement climatique.

Ce qui est inquiétant, en terme d’emplois, de cohésion sociale, de paix et de sécurité, c’est bien la trajectoire actuelle de réchauffement. Ce n’est pas celle d’un monde qui retrouve la voie d’une limitation du réchauffement en dessous de 2°C.

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Pour réussir à créer à Paris une véritable Alliance pour le Climat, nous avons en tête 4 piliers.

- Le premier pilier, c’est le nouveau cadre légal, un cadre universel et contraignant, pour l’action internationale face au dérèglement climatique. C’est le coeur de notre mandat et Lima sera une étape décisive sur cette voie, avec les premiers éléments de l’accord qui y seront discutés.

- Le second pilier, ce sont les chiffres de réduction des émissions qui seront contenus dans les contributions, que les Etats devraient présenter au 1er trimestre 2015. Les dernières données scientifiques doivent nous inciter à mettre sur la table des propositions ambitieuses. C’est pour cela que l’Union Européenne vient de prendre l’engagement de réduire d’au moins 40% ses émissions en 2030 par rapport à 1990. Nous espérons que d’autres suivront très vite.

- Le troisième pilier, ce sont les moyens de mise en oeuvre et notamment les financements, et les technologies. C’est indispensable pour passer à l’action. C’est aussi une réponse solidaire : nous pourrions par exemple travailler à réduire le coût des énergies renouvelables, pour les rendre compétitives face aux énergies fossiles : tout le monde en bénéficiera, et cela devrait permettre de sortir des millions de personnes de la pauvreté sans compromettre notre climat futur.

- Le quatrième pilier, ce sont les actions des acteurs non étatiques, qu’il s’agisse des entreprises, des collectivités territoriales. Il faudra trouver un moyen de capitaliser sur les annonces et les débats de New York, et d’amplifier la dynamique. Ces actions peuvent contribuer à réduire en partie l’écart entre notre trajectoire actuelle et l’objectif des 2°C et à mettre le monde sur la voie de la neutralité carbone. Ce sera une vraie nouveauté.

Dans cette alliance pour le climat, nous devons donc faire de la place pour tous. Paris doit aboutir à un accord écrit par tous et pour tous. Un accord ambitieux, c’est aussi un accord équilibré entre adaptation et atténuation, qui réponde aux défis que rencontrent ceux qui font déjà face aux impacts du dérèglement climatique.

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Je voudrais maintenant vous dire quelques mots sur la manière dont nous entendons poursuivre, mais aussi sans doute vous aider à amplifier la participation de la société civile d’ici à Paris Climat 2015.

Paris doit être un accord écrit par tous et pour tous. Cela veut dire aussi que nous souhaitons associer les différentes représentations de la société civile dans un sens très large : tous les groupes majeurs, les entreprises, les gouvernements locaux, les représentants des femmes, des populations autochtones, des organisations paysannes, doivent être associés à la réussite de Paris. La France a une longue tradition dans ce domaine. D’ailleurs la loi de transition énergétique que nous avons adopté il y a quelques jours été construite après un débat national qui a associé tous les acteurs de la société civile.

Les échanges ont d’ailleurs commencé depuis plus d’un an avec les représentants de la société civile, au niveau de notre équipe de négociation, des ministres et même du président de la République. J’ai notamment participé à la marche pour le climat à New York le 23 septembre. C’était un moment très intense.

Nous avons besoin de vous pour encourager l’ensemble des pays à agir, mais également pour prendre à votre niveau des engagements concrets complémentaires à l’accord intergouvernemental. Vous aussi, vous détenez des leviers pour changer le monde. Ce dialogue, nous souhaitons le renforcer. J’ai entendu de nombreuses idées et propositions qui vont nourrir notre réflexion et dont nous pourrons reparler dans les prochains mois.

Nous avons aussi décidé de penser avec vous les modalités des espaces réservés par le pays hôte à la société civile sur le site de la COP au Bourget. Vous aurez sans doute également des espaces dans la ville de Paris. Ces espaces, nous souhaitons vous aider à les construire, dans le respect de vos principes et de vos valeurs, mais aussi bien entendu dans le respect des valeurs de la République.

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Le premier axe de notre dialogue, cela sera vraisemblablement le contenu même de l’accord de Paris. Vous avez des idées, des attentes, des propositions, des points de vigilance sur les points clés de l’accord de Paris. Il faut mettre en place des procédures pour en discuter.

Le second axe de nos échanges, c’est celui de la mobilisation. Car la France a une responsabilité particulière, en accueillant la COP21. Mais la conférence de Paris, c’est bien 195 Etats qui doivent se mettre d’accord.

La société civile, en mobilisant, en provoquant le dialogue, en favorisant l’éducation à l’environnement, bien en amont de la COP21, dispose d’un formidable levier dans chacun des pays de la Convention. Ce mouvement est nécessaire, indispensable, vital. Paris ne se construira pas contre, ou sans les citoyens.

Le troisième axe c’est celui de l’engagement. Je veux parler en particulier des entreprises, des acteurs économiques, des collectivités territoriales, mais aussi de tous ceux qui ont une responsabilité dans les émissions de gaz à effet de serre. Une dynamique s’est mise en place à New York. Il nous faut, dès Lima, l’amplifier et l’élargir.

Sur l’ensemble de ces points, et sans doute sur d’autre encore, nous serons à votre écoute. Vous pouvez compter sur la France - et sans aucun doute sur le Pérou, cher Manuel - pour favoriser et encourager le dialogue le plus large possible. Mais nous voulons aussi pouvoir compter sur vous, car la responsabilité collective qui nous incombe est immense.

Je vous remercie.

Dernière modification : 18/11/2014

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