Côte d’Ivoire : déclarations du porte-parole du MAEE

JPEG

Paris, le 01 avril 2011

Au point de presse de ce jour, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères et européennes a fait les déclarations et a répondu aux questions suivantes :

- Question - Avez-vous eu des contacts avec l’ambassade sur place ?

Réponse - Nous avons des contacts permanents avec notre ambassade sur place.

Concernant la Côte d’Ivoire, je voudrais rappeler un certain nombre de
choses.

La résolution qui a été adoptée à l’unanimité, je le souligne, au Conseil de sécurité il y a deux jours a demandé le départ de M. Gbagbo. Je rappelle que cette résolution a été présentée par la France, avec le Nigéria, au Conseil de sécurité. Il était important de travailler avec nos amis africains sur ce dossier. Cette résolution a été adoptée à l’unanimité du Conseil de sécurité, ce qui rend d’autant plus fort cet appel lancé à Laurent Gbagbo par la communauté internationale.

L’Union africaine vient également de demander son départ.
Par ailleurs, la mission prioritaire de notre ambassade à Abidjan
aujourd’hui est la sécurité de nos compatriotes. Nous observons la situation sur le terrain, situation à la fois pleine d’incertitudes et de risques.
Nous remarquons que les forces de sécurité qui, jusqu’à hier était restées aux côtés de Laurent Gbagbo, la police et la gendarmerie notamment l’ont quitté, après que lui-même a été abandonné par le haut commandement de l’armée ivoirienne.

Cela crée dans la ville d’Abidjan de l’incertitude et des risques comme je
l’indiquais.

Ce sont essentiellement, d’après les informations de terrain qui nous
parviennent, des risques de pillage, de violences commises par des éléments incontrôlés.

Dans le cadre de notre mobilisation, nous agissons sur plusieurs plans
vis-à-vis de nos compatriotes. Tout d’abord, nous avons activé notre
dispositif de sécurité tout particulièrement au cours des derniers jours
avec un certain nombre de consignes données aux Français qui résident à Abidjan : le contact permanent avec l’ambassade, le confinement dans les résidences, éviter les déplacements inutiles, ne pas s’approcher des lieux où il peut y avoir des violences. Par ailleurs, nous leur demandons de suivre l’actualisation des conseils et des messages de sécurité que nous pouvons diffuser notamment sur Internet. Nous avons, par anticipation de quelques jours, avancé les vacances de Pâques de manière à fermer les établissements français à Abidjan et en particulier le lycée français. Ce qui a le double effet d’une part, d’éviter la circulation d’enfants dans les rues et, d’autre part, de permettre à ces mêmes enfants de rester à l’abri au domicile de leurs familles respectives.

Nous travaillons également très étroitement avec les Nations unies sur les questions de sécurité. Nous l’avons fait à New York et nous le faisons aussi sur le terrain avec une liaison très étroite avec le commandement de la force des Nations unies présente à Abidjan. Je rappelle que l’ONUCI compte dix mille hommes tous professionnels. Ils sont équipés, ils connaissent le terrain puisque l’ONUCI est présente en Côte d’Ivoire depuis déjà plusieurs années.

Cette collaboration permet à cette force des Nations unies d’être présente dans les rues, où elle patrouille, où elle est visible et dissuasive et où elle intervient lorsqu’il est nécessaire pour assurer la sécurité.

En ce qui concerne Licorne - vous savez que c’est une Force française placée sous mandat des Nations unies et sous commandement national - le ministère de la Défense a donné un certain nombre d’indications sur ce que cette force avait fait au cours des dernières heures. De manière plus générale, je souhaiterais également dire qu’en fonction de l’évolution de la situation, que nous suivons de très près et avec beaucoup de vigilance, nous sommes en capacité de prendre toute décision ou toute initiative au bénéfice de la sécurité de nos compatriotes, qu’imposerait toute évolution de la situation sécuritaire.
- Q - Savez-vous où se trouve Laurent Gbagbo ?

R - Je n’ai pas d’information précise sur la localisation de M. et Mme
Gbagbo à l’heure à laquelle nous parlons.
- Q - Concernant les ordres qui seraient donnés à Licorne, la décision de patrouiller a-t-elle été prise hier ? Le volume de patrouilles qui est de cinquante soldats et de quatre véhicules blindés dans le quartier de la zone quatre et des deux plateaux a-t-il évolué ?

Accessoirement, quelle est la relation organique entre l’ONUCI et Licorne aujourd’hui L’ONUCI demande-t-elle à Licorne certaines choses,
quadrille-t-on la ville de manière coopérative à deux ?

R - Concernant le détail opérationnel, je vous recommande de vous rapprocher du ministère de la Défense d’autant plus que nos collègues communiquent de manière très précise. Ils sont très attentifs à le faire en temps réel, comme ils l’ont fait hier et ce matin sur les dispositions qu’ils prennent dans le cadre de la mission et de la force Licorne.

En revanche, je peux vous parler de ce que font les diplomates français en matière de sécurité pour nos compatriotes. Je confirme que, dans des conditions qui sont plutôt difficiles actuellement et qui parfois ne vont pas sans risque - il y a deux jours, des voitures d’escorte de notre
ambassadeur ont été mitraillées, ce qui en dit long sur les conditions dans lesquelles nos collègues effectuent leur travail - je ne peux que réaffirmer notre mobilisation totale sur les questions de sécurité de nos compatriotes.

Licorne est en capacité d’intervenir lorsque la sécurité de certains de nos compatriotes est mise en cause et c’est ce qui s’est passé hier, d’après ce que je sais, mais tout cela devra être confirmé auprès du ministère de la Défense. Toujours concernant Licorne, il y a une relation et une coopération très étroite avec l’ONUCI dont je rappelais tout à l’heure le rôle qui lui incombe dans les rues d’Abidjan depuis quelques jours.

- Q - Y a-t-il des ressortissants étrangers dont Licorne assurerait la
protection ? Je pense aux Japonais ou aux Libanais par exemple Y aurait-il un accord ou un clin d’œil diplomatique de cet ordre-là ?

R - La préoccupation pour nous, lorsqu’il y a une situation de danger, c’est d’intervenir indépendamment de la nationalité de telles ou telles personnes.

Je comprends que sur les quelques centaines de personnes prises en compte à Port Boué ce matin par les soldats français de Licorne, il y en aurait près des trois quarts qui sont de nationalité étrangère.

- Q - A Abidjan, certaines rumeurs courent depuis ce matin selon lesquelles Laurent Gbagbo aurait été arrêté par les forces de Licorne.
Pouvez-vous nous confirmer cette information ?
Il semble que l’Union africaine soit un peu à l’écart si je puis dire.
Si certains de ces dossiers concernent la Libye et la Côte d’Ivoire, maintenant que la question ivoirienne est résolue, associerez-vous l’Union africaine aux décisions qui seront prises dans le futur ?

R - Je vous mets en garde contre les rumeurs surtout dans la situation dans laquelle se trouve Abidjan aujourd’hui. Soyons prudents sur ces question, je n’ai pas d’indications qui aillent dans le sens de cette rumeur dont vous vous faites l’écho.

Par ailleurs, concernant l’Union africaine, je souhaiterais rappeler
l’engagement très fort et le rôle très actif qui a été celui des pays
africains depuis le détournement du résultat des élections du mois de
décembre dernier en Côte d’Ivoire. Cela s’est manifesté à de très nombreuses reprises d’abord par des condamnations et des appels lancés par l’Union africaine à Laurent Gbagbo pour lui demander de respecter le choix de la majorité des électeurs de son pays et dont le résultat, c’est-à-dire l’élection de M. Ouattara comme président légitime de Côte d’Ivoire a été reconnu et certifié par les Nations unies sur place et ensuite, par l’ensemble de la communauté internationale.

De plus, depuis des mois, nous observons l’engagement très constructif et très actif de la CEDEAO.

Les pays de la CEDEAO se sont mobilisés et ont essayé d’apporter une
solution aux problèmes posés par le refus de Laurent Gbagbo de reconnaître le choix démocratique manifesté par ses compatriotes et qu’il s’est entêté, depuis si longtemps, à ne pas respecter.

Et, tout dernièrement, et c’est véritablement un témoignage français, je
voudrais souligner le travail que nous avons mené avec nos partenaires nigérians pour l’adoption de la résolution 1975 au Conseil de sécurité il y a deux jours. Nous avons travaillé ensemble, nous avons coparrainé cette résolution, nous l’avons coprésentée au Conseil de sécurité des Nations unies et ce travail que nous avons mené avec le Nigéria dont je rappelle qu’il préside la CEDEAO illustre plusieurs choses : le sens de responsabilités des Africains, la qualité du travail que nous avons mené avec eux tout au long des mois qui viennent de s’écouler et enfin, l’engagement très fort des Africains pour tenter de trouver des solutions au problème ivoirien.

Donc, en ce qui concerne la mise à l’écart des Africains dans le traitement de la situation en Côte d’Ivoire que vous évoquez, je crois qu’il faut revoir tout ce que les Africains ont fait et c’est justice que de leur rendre hommage pour le travail accompli.

Tous les pays de l’Union africaine, tous les pays au sein de la CEDEAO
avoisinant la Côte d’Ivoire auront aussi un rôle très important à jouer pour aider les autorités légitimes de ce pays à écrire cette nouvelle page que la Côte d’Ivoire est sur le point d’ouvrir, sous les yeux de l’ensemble de la communauté internationale aujourd’hui.
- Q - D’après les informations que vous avez, de votre point de vue, le
basculement en faveur des forces d’Alassane Ouattara est-il une question d’heures, de jours ?
Craignez-vous une forte montée de l’insécurité, un chaos qui a commencé, auquel cas, pouvez-vous nous rappeler combien de Français vivent là-bas.
Vous a-t-on déjà demandé des rapatriements, sont-ils envisageables ?

R - S’agissant du compte à rebours, je me garderai bien d’avancer le moindre pronostic. Le plus tôt sera le mieux, parce que le peuple ivoirien a attendu trop longtemps que le résultat de son vote aux dernières élections présidentielles s’inscrive dans la réalité institutionnelle, politique et démocratique du pays. Le plus tôt sera le mieux parce que ce sera de nature à mettre un terme aux risques, voire aux violences que nous observons actuellement dans la capitale ivoirienne.

S’agissant de la communauté française, au mois de décembre, lors des
élections, nous avions des chiffres d’environ 14 à 15 milles compatriotes résidant dans le pays. Depuis lors, ce chiffre a évidemment baissé car, au fil du blocage et de la détérioration de la situation, beaucoup de nos compatriotes ont rejoint la France. Ceci concerne surtout les familles.
Aujourd’hui, les estimations de notre ambassade portent à 12.200 les
Français qui seraient présents en Côte d’Ivoire, dont 11.800 sur la ville
d’Abidjan. Ce sont des estimations, il faut utiliser ces chiffres avec
prudence. 7.300 personnes ont la double nationalité.

S’agissant des questions d’évacuation, nous n’avons par reçu de demande dans cette optique.

- Q - J’ai deux questions sur la Côte d’Ivoire. Est-ce que vous confirmez que les forces de Ouattara sont entrées dans la résidence de Gbagbo. Je pose cette question car la résidence de Gbagbo jouxte celle de l’ambassadeur français. J’imagine que vous pouvez avoir cette information. Cela se serait apparemment passé cette nuit. La deuxième question est : ne craignez-vous pas des exactions du camp Ouattara ?

R - Sur les questions de résidence, je n’ai pas d’information définitive sur ce qui se passe à la présidence et à la résidence. Nous essayons d’en savoir davantage.

En ce qui concerne la sécurité de notre ambassade et de la résidence de notre ambassadeur, nous avions pris déjà depuis un certain temps un certain nombre de mesures de sécurité et nous sommes évidemment là aussi en capacité de prendre des décisions qui pourraient s’imposer en fonction de l’évolution de la situation sur le terrain.

- Q - La résidence de l’ambassadeur n’a-t-elle pas été touchée par les combats ?

R - Non, pas à ma connaissance.
Sur les risques, sur ce qui peut se passer après, je souhaiterais dire
plusieurs choses.

La première est que nous avons pris note de l’allocution qu’a prononcé le président Ouattara hier en Côte d’Ivoire. Nous avons également pris note des diverses déclarations que le Premier ministre Soro a accordé à un certain nombre de médias et en particulier à des médias français.

Deuxièmement, dans le contexte actuel, ce que nous souhaitons, c’est que naturellement les violences cessent au plus tôt et que la transition
s’effectue de la manière la plus pacifique possible dans le respect des
personnes, des biens, des libertés et des droits fondamentaux des citoyens de Côte d’Ivoire.

Enfin, ce que nous souhaitons également, c’est que le président Ouattara, le Premier ministre Soro et son gouvernement puissent se mettre sans tarder au travail pour le développement et le bien être de tout le peuple ivoirien dans un esprit de réconciliation. Il est important de travailler dans un esprit de réconciliation.

-  Q - Où se trouve l’ambassadeur de France en ce moment ? Est-ce qu’il est dans sa résidence ?

R - Il est à l’ambassade en ce moment.

- Q - Il n’en bouge pas ?

R - Il travaille avec son équipe et ils font tous un travail remarquable.

- Q - Est-ce qu’il est question d’augmentation du contingent de la Licorne ?
Pouvez-vous apporter une précision sur la constitution ivoirienne ? Les
proches de Gbagbo disent que ce serait le président de l’Assemblée nationale qui occuperait le pouvoir pendant 90 jours avant l’organisation des nouvelles élections. Avez-vous des indications là-dessus ?

R - Je n’ai pas d’indication là-dessus. La seule indication que j’ai me
parait assez déterminante pour l’avenir, c’est le résultat des dernières
élections présidentielles avec un résultat très clair, certifié sur place
par le représentant des Nations unies, M. Choi, et reconnu par l’ensemble de la communauté internationale. Nous n’avons cessé de dire depuis des mois que M. Ouattara était le président légitime de Côte d’Ivoire donc ce qui est en jeu maintenant, c’est qu’il se trouve en capacité d’assumer son mandat de chef de l’État et surtout qu’il mette ce mandat au service de son pays, de la réconciliation nationale, du développement économique et social du pays, de la remise en marche de toute l’économie du pays, des forces de sécurité et de la gouvernance de la Côte d’Ivoire. Les choses sont claires depuis les dernières élections présidentielles.

Dernière modification : 09/04/2011

Haut de page