Côte d’Ivoire : déclarations du porte-parole du MAEE [es]

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Paris, le 08 avril 2011

Au point de presse de ce jour, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères et européennes a fait les déclarations et a répondu aux questions suivantes :

La situation en Côte d’Ivoire, notamment à Abidjan et dans l’ouest, reste grave. Les miliciens à la solde de Gbagbo poursuivent exactions, pillages, assassinats. La population vite dans des conditions très précaires. Une aide humanitaire massive va être nécessaire en attendant la reconstruction et comme son discours d’hier le montre, le président Ouattara s’attaque au problème posé par la situation humanitaire dans le pays et il va de soi que dans ce cadre-là nous lui apportons tout notre soutien.

Alain Juppé vient de s’entretenir avec le président Ouattara. Il lui a
manifesté l’appui de la France, l’aide de la France pour accompagner le peuple ivoirien dans la nouvelle page qui est en train de s’écrire dans ce pays.

Appui qui peut s’organiser sur plusieurs points. Tout d’abord, mobilisation de la France avec ses partenaires et les institutions internationales pour agir sur le terrain humanitaire, en particulier à Abidjan. Comme vous le savez, nous avons déjà commencé à le faire la semaine dernière en débloquant une aide humanitaire d’urgence. Nous allons également appuyer les efforts de la Côte d’Ivoire dans le travail de reconstruction qui doit s’engager, et l’appui de la France dans cette perspective sera important, que nous le fassions à titre national, ou que nous le fassions en mobilisant la communauté internationale, les pays et les institutions financières internationales, de manière à ce qu’il y ait une dynamique d’appui large, profonde, forte, au profit de la Côte d’Ivoire dans les temps qui viennent et à la faveur de la nouvelle page qui s’ouvre aujourd’hui. Aujourd’hui, l’ère Gbagbo est désormais close.

Nous saluons le discours d’avenir et de réconciliation ainsi que les décisions qui ont été annoncées par le président Ouattara pour le rétablissement de l’ordre public à Abidjan. Nous saluons également la
fermeté de son engagement dans la lutte contre l’impunité concernant les violations des droits de l’Homme ainsi que sa détermination à œuvrer en faveur du travail nécessaire de réconciliation et d’unité nationale de la Côte d’Ivoire.

Comme je vous le disais à l’instant, la page est tournée. Nous sommes
clairement entrés dans l’ère de l’après-Gbagbo. Ce discours du président Ouattara a montré que l’issue est désormais en vue et c’est dans cette perspective que nous travaillons. Il nous faut maintenant nous projeter dans l’avenir et aider la Côte d’Ivoire. C’est sur ce point que nous sommes désormais mobilisés comme l’a rappelé M. Juppé au chef de l’Etat ivoirien ce matin.

-  Question - Est-ce que la France est prête à participer à une enquête
internationale concernant les massacres à l’ouest du pays ?

Réponse - La France est prête à aider et à contribuer lorsque cela est utile et lorsqu’on le lui demande. Je vous rappelle que s’agissant de ces enquêtes internationales, il faut d’abord voir ce que les institutions internationales concernées, je pense en particulier aux Nations unies, vont décider de faire.

- Q - Est-ce que la France participe au blocus autour de Gbagbo ?
Qu’avez-vous à répondre aux critiques, notamment de la Russie, sur l’engagement français en Côte d’Ivoire ? Avez-vous des nouvelles des deux Français disparus à Abidjan ?

R - S’agissant du blocus de M. Gbagbo, je rappelle qu’il est dans sa cave et comme cela a été dit très clairement au cours des dernières 48h, la France ne participe à aucune des mesures d’ordre public ou autre qui ont été prises par le président Ouattara à l’encontre de M. Gbagbo.

S’agissant de nos collègues russes, nous sommes en contact avec eux sur la situation en Côte d’Ivoire. Ils connaissent parfaitement non seulement les positions de la France, mais aussi les réalités ivoiriennes.

Sur ces questions, Alain Juppé s’est exprimé de manière très détaillée et précise avec M. Longuet hier au Sénat. La diplomatie russe sait parfaitement que la France respecte à la lettre la résolution 1975.

- Q - Sur les deux Français, Alain Juppé s’est exprimé pour dire qu’il n’avait aucune information, aucune revendication, aucune piste. C’était hier. Aujourd’hui en est-on toujours au même point ?

R - Par rapport à hier, je n’ai pas d’éléments nouveaux. Nous sommes
pleinement mobilisés pour les retrouver.

- Q - Pouvons-nous avoir un détail du nombre de Libanais que vous avez contribué à rapatrier ?

R - Je ne suis pas le porte-parole du gouvernement libanais.
S’agissant des ressortissants libanais, je crois comprendre que les autorités libanaises sont en train de mettre en place un dispositif d’évacuation de leurs ressortissants. Les mesures qui sont prises par les autorités de Beyrouth s’organisent autour des points suivants : la création de ce que l’on pourrait appeler un "hub" à Accra. Ce hub est doublement desservi par des avions de moyenne capacité qui vont d’Abidjan à Accra pour évacuer des ressortissants libanais et ensuite je comprends que ce sont des avions de la Middle East Airline qui font les liaisons entre Accra et Beyrouth. Cela doit se faire dans les moments qui viennent mais vous pourrez vérifier auprès des autorités libanaises. Je pense également que les autorités libanaises vont ouvrir, ou sont en train d’ouvrir, une cellule de coordination qui devrait être rapidement opérationnelle à l’aéroport d’Abidjan.

Je voudrais également dire sur cet aspect des choses qu’au cours des derniers jours sur le camp de Port-Bouët, nous avons mis en sécurité plusieurs centaines de ressortissants libanais qui sont venus ou que nous avons amenés sur le camp de Port-Bouët, selon les circonstances, compte-tenu de la confusion qui règne à Abidjan. Tout au long des derniers jours nous avons été en contact très étroit avec les autorités libanaises dans le cadre de cette coopération que nous avons menée avec le Liban au bénéfice de la sécurité de plusieurs centaines de ressortissants libanais en Côte d’Ivoire.

- Q - Etant données les preuves apportées par les Nations unies aujourd’hui de nouvelles victimes dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, les preuves émanant de Human Rights Watch d’événements similaires durant les derniers jours, le gouvernement français est-il préoccupé par l’aggravation du cycle de représailles entre les deux camps ? La France, qui soutient M. Ouattara, est-elle prête à prendre ses responsabilités s’il s’avère que ces actions sont conduites par des supporters de Ouattara ?

R - Bien sûr, nous sommes préoccupés par ces rapports signalant des
violations des droits de l’Homme et des tueries en Côte d’Ivoire. Mais nous n’avons pas attendu ces derniers jours pour nous préoccuper de cette question.

Nous sommes attentifs à cette question depuis des années. Je voudrais seulement vous rappeler que deux journalistes français ont été tués en Côte d’Ivoire il y a quelques années et nous ne les avons pas oubliés, de même que nous n’avons pas oublié les violations des droits de l’Homme qui ont eu lieu dans ce pays durant les dix dernières années. Nous avons connaissance des rapports des Nations unies et de Human Rights Watch, et par le passé nous avons eu connaissance de nombreux rapports de ce type sur la question des droits de l’Homme en Côte d’Ivoire. Nous voulons souligner les points suivants :

Premièrement, nous devons combattre l’impunité. Il ne doit pas y avoir de place pour l’impunité.
Deuxièmement, nous affirmons que nous voulons que toute la lumière soit faite sur tous ces cas de violation des droits de l’Homme.
Troisièmement, nous souhaitons que les responsabilités soient clairement établies pour tous ces cas.

-  Q - Je crois que vous n’avez pas répondu à ma question. Puis-je vous la reposer ? Etes-vous préoccupés par le risque de nouvelles tueries suivies de représailles entre les supporters des deux camps si les choses continuent ainsi en Côte d’Ivoire ? Deuxièmement, s’il s’avère que les supporters de M. Ouattara sont responsables de certaines atrocités et continuent de l’être, le gouvernement français est-il prêt le moment venu à répondre du soutien qu’il lui a apporté ?

R - Votre deuxième question est hypothétique. Je crois y avoir répondu. Il n’y a pas de place pour l’impunité.
Concernant le risque de combats, de violences et de représailles à venir, nous avons pris acte de ce que le président Ouattara a déclaré hier dans son discours. Il a parlé d’un point très important qui est la nécessaire réconciliation qui doit être conduite et accomplie dans le pays. Nous soutenons toutes les actions qu’il entreprendra dans cette perspective car nous considérons que la réconciliation nationale, l’unité nationale, sont absolument nécessaires pour l’avenir de la Côte d’Ivoire. Pour être tout à fait honnête, j’aurais souhaité que l’on me pose cette question sur les droits de l’Homme en Côte d’Ivoire il y a plusieurs mois, voire plusieurs années.

Mais il n’est jamais trop tard et je vous remercie de vous intéresser à cette question des droits de l’Homme en Côte d’Ivoire aujourd’hui.

Dernière modification : 09/04/2011

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