Conférence de presse conjointe de MM. Alain Juppé et William Hague

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CONFÉRENCE DE PRESSE CONJOINTE DU MINISTRE D’ÉTAT, MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES ET EUROPÉENNES, ALAIN JUPPÉ, AVEC LE MINISTRE D’ÉTAT, MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES DU ROYAUME-UNI DE GRANDE-BRETAGNE ET D’IRLANDE DU NORD, WILLIAM HAGUE

- PROPOS DE M. JUPPÉ -

Paris, 3 mars 2011

Mesdames et Messieurs, c’est pour moi, une très grande joie d’accueillir William Hague, mon collègue britannique aujourd’hui à Paris.

Dès ma nomination, nous nous sommes téléphoné et je voudrais remercier William Hague d’avoir fait le déplacement pour Paris. Il savait que j’avais un emploi du temps très chargé, dans les jours qui viennent, puisque je vais me rendre en Egypte. Je le remercie encore très chaleureusement d’être venu jusqu’à moi.

Vous savez qu’en ce moment, nous sommes dans une période très positive pour la relation bilatérale entre le Royaume-Uni et la France, avec ce tournant historique qu’a été notre 31e Sommet en novembre dernier et, notamment, la signature du Traité de défense franco-britannique, auquel j’ai un peu travaillé lorsque j’étais dans une Maison voisine, il y a quelques jours encore.

Aujourd’hui, nous avons consacré l’essentiel de notre entretien à la situation en Libye et de façon plus générale, au sud de la Méditerranée puisque nos chefs d’État et de gouvernement, le président Sarkozy et le Premier ministre Cameron nous ont demandé de préparer ensemble le Conseil européen du 11 mars qui sera consacré à ces questions.

Nous n’avons pas eu de mal à nous mettre rapidement d’accord, puisque nous condamnons avec la plus grande fermeté l’attitude du colonel Kadhafi qui, en utilisant la violence contre son peuple, s’est discrédité.

Nous demandons donc très clairement son départ.

Nous avons ensuite confronté nos points de vues sur l’aide humanitaire qu’il convient d’apporter à tout ceux qui pâtissent en Libye de la situation actuelle, notamment aux réfugiés qui se pressent à la frontière de la Tunisie et qui souhaitent retourner en Égypte. Nous avons également envisagé le durcissement des pressions qu’il faut exercer sur le régime de Kadhafi pour l’amener à quitter le pouvoir, pressions évidemment à caractère économique et financier. Nous sommes d’accord aussi pour réfléchir et même agir à la planification d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye, si la menace d’utilisation de la force contre les populations libyennes que brandit Kadhafi se concrétisait au cours des prochains jours.

Nous avons aussi, dans le cadre de la préparation de ce prochain Sommet, souligné la nécessité de mieux coordonner les politiques d’immigration des pays du nord de la Méditerranée avec pour objectif naturellement de rééquilibrer le développement économique entre le Nord et le Sud de notre mer commune, pour permettre à tout ceux du Sud de jouir, dans leur pays, de la liberté, de l’emploi, du travail, du bien-être qu’ils attendent.

Enfin, nous avons également évoqué l’idée de relancer la politique de coopération entre le Nord et le Sud, c’est-à-dire de refonder l’Union Pour la Méditerranée dont nous nous rendons compte que c’est une idée plus nécessaire que jamais en l’intégrant dans la politique de voisinage d’ensemble de l’Union européenne.

Voilà ce que je voulais dire très rapidement et très simplement, en remerciant à nouveau William de sa présence ici à Paris.

Q - Je pose la question aux deux ministres. Etes-vous d’accord avec l’avertissement du ministre de la Défense américain selon lequel il y a eu trop déclarations approximatives à propos d’éventuelles mesures militaires en Libye ? Etant donné que la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne impliquerait de commencer par mener des raids aériens sur la Libye, pensez-vous que cela est bien raisonnable, après ce qui s’est produit en Irak ?

R - La menace du régime de Kadhafi de bombarder la population civile dans les villes est inacceptable et sa mise à exécution serait criminelle. Nous devons donc empêcher un tel développement. C’est pourquoi la France a approuvé le projet de l’OTAN de planifier l’établissement d’une zone d’exclusion aérienne en Libye. Nous sommes ouverts à cette idée, nous travaillons sur ce point avec nos partenaires. S’agissant des conditions des conditions de la mise en place d’une telle zone d’exclusion aérienne, nous prendrons la décision lorsque la situation sera plus claire qu’elle ne l’est à présent. Nous pensons qu’il ne peut s’agir seulement d’une intervention de quelques pays occidentaux. Nous avons absolument besoin de la participation des gouvernements de la région et d’autres participants dans une telle opération. Nous avons donc le même point de vue sur ce sujet avec William comme vous pouvez le voir, que ce soit à Bruxelles durant les réunions de l’OTAN, ou aujourd’hui lors de notre discussion.

Q - Le président Chavez a proposé ses bons offices pour essayer de désamorcer la crise. Est-ce que vous voyez dans cette proposition quelque chance de succès ? Comment l’accueillez-vous ?

R - Pour l’instant, je ne vois rien. Peut-être que William en voit davantage… Pour compléter ma réponse, je dirais qu’un chef d’Etat qui fait tirer sur la foule et qui menace d’aller bombarder des populations civiles a, pour nous, perdu toute légitimité à exercer le pouvoir et ce que nous demandons, c’est qu’il s’en aille.

Les Nations unies, je vous le rappelle, ont adopté il y a quelques années un nouveau concept qui est la responsabilité de protéger - « the responsibility to protect » - les gouvernements doivent protéger les populations contre les crimes de guerre et quand ils ne le font pas, la communauté internationale est fondée à se substituer à eux. On en est là aujourd’hui et donc toute médiation visant à permettre au colonel Kadhafi de se succéder à lui-même n’est évidemment pas la bienvenue.

Q - Vous venez de parler d’une relance du processus de l’Union pour la Méditerranée. On sait que jusqu’à maintenant, l’obstacle majeur était le problème palestinien. Est-ce que la France et la Grande-Bretagne seraient prêtes aujourd’hui et très prochainement à reconnaître unilatéralement l’Etat palestinien, comme les Palestiniens le demandent, avant septembre ? Deuxième question si vous permettez, très bientôt le Tribunal international pour le Liban va initier des actes d’accusation. La majorité au Liban refuse de coopérer avec le tribunal. Comment allez-vous faire face à cela ? Ma question s’adresse à la France qui a parrainé la résolution et à la Grande-Bretagne également.

R - Sur l’Union pour la Méditerranée, comme je l’ai dit à plusieurs reprises au cours des jours qui viennent de s’écouler, ce n’est pas parce que cette initiative a été bloquée au cours des deux dernières années - puisqu’elle a été lancée en 2008 - qu’il faut y renoncer. On sait quelles sont les raisons de ce blocage : le conflit israélo-palestinien. La révolution, les révolutions qui sont en train de se produire aujourd’hui au sud de notre mer commune, c’est une raison supplémentaire de relancer cette initiative et c’est ce que nous allons essayer de faire en refondant l’Union pour la Méditerranée, en l’articulant peut-être mieux que cela n’a été le cas par le passé avec la politique de voisinage de l’Union européenne, et je suis heureux de voir qu’entre la France et la Grande-Bretagne, il y a une convergence de vues sur cet objectif.

Pour répondre plus précisément à votre question, nous souhaitons que le prochain Conseil européen appelle de façon vigoureuse à une relance du Processus de paix et au redémarrage du dialogue entre Israël et l’autorité palestinienne. Nous ne pensons pas qu’au stade actuel ce soit par une décision unilatérale de reconnaissance de l’Etat palestinien qu’on y arrivera. Je pense qu’il faut privilégier la solution du dialogue, mais il faut que ce dialogue s’engage et nous sommes déterminés à exercer toutes les pressions en ce sens. Sur la situation au Liban, la France souhaite, elle l’a dit très clairement, que le Tribunal international pour le Liban puisse continuer à faire son travail et puisse donner suite aux investigations qui ont déjà été menées, nous l’avons dit clairement aux autorités libanaises, et c’est à l’aune de cette décision que nous déterminerons notre position.

Q - Envisagez-vous une action militaire en Libye et si oui, sous quelle forme ?

R - J’ai déjà répondu à cette question. La France, pour ce qui la concerne, ne pense pas que dans le contexte actuel, une intervention militaire des puissances de l’OTAN serait bien reçue au sud de la Méditerranée. Elle pourrait être contre-productive. Cela dit, compte tenu des menaces qui sont brandies par le colonel Kadhafi, nous devons nous mettre en état d’agir et c’est la raison pour laquelle nous avons donné notre accord à la planification d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye./.

Dernière modification : 13/03/2011

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